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Muller 72 - Mot cle :: Mémoire
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Qu'en est-il pour Jacques Muller? Ses cahiers ont disparu, où sont-ils, ont-ils existé? Ce qui est sûr, c'est que la guerre est là. Jacques y passe de l'enfance à l'adolescence. Une sensibilité en éveil confrontée à la vie. La découverte du monde qui s'ouvre sur une période trouble, sa mémoire en restera toujours imprégnée, en homme qui sait la détermination du passé, il l'interrogera souvent. C'est en partie un être révolté, d'une façon tout intérieure, sans doute, à peine visible, qui se met à peindre. [M. Hujoel]
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Que le désir de peinture lui soit venu dans ces conditions-là, léguées par un homme que le pire de la folie humaine poursuivait et que ce désir ait pu faire barrage, écran à ce trou dans le sens que forait le réel de la guerre où se voyait plongée l’Europe, explique que Jacques Muller ait dû se tenir longtemps à l’écart de ses contemporains pour s’engager seul dans la voie que la peinture lui découvrait, celle que lui avait donnée, confiée M. Sterling, qui était celle de ces maîtres énormes que devinrent pour lui Rembrandt, Rubens et autre Cézanne ou Vélasquez. Maîtres auxquels, le temps qu’il fut nécessaire, il resta fidèle, loyal. Et c’est bien à leur suite, dans leur écoute et dans la mise en pratique de leur enseignement, qu’il finit par sortir dans la rue pour y saisir la vie dans son mouvement, au point que la rue devienne la peinture même et la peinture la rue - maintenant qu’il pouvait s’éloigner des modèles dont la maîtrise lui était devenue acquise et dont il s’affranchissait. [Muller 72]
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New York, capitale des flux. Sa monumentalité visible nous est livrée en un paysage urbain comme pour mieux posséder les corps qui, dans leur grandeur visuelle, s'érigent à la hauteur du tranquille vieillissement qui les mine.
On ne peut dire que cette«saisie » de la ville se contente du hasard. C'est une série construite par un choix qui exclut la timidité du regard. Le charme léger et froid de la ville, consciente de sa fascinante étendue, exhibe toute sa théâtralité. Il ne s'agit pas pour Muller de susciter ou de ressusciter des poncifs. Quelques pans de ce fourmillement citadin ébranlent et accélèrent l'errance du point. Il n'est plus question de se lover dans la mémoire.
Le regard s'effrite et le trait appartient à la frénésie tranchante du trafic. Même s'il dégage une trace équilibrée par endroits, on pressent un lieu saccagé où se bouscule l'énorme jeu des singularités et la vitesse qui le forme, transit et déforme, le surgissement ou la disparition de la masse. [R. Godinho]
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New York, la verticalité y a pris racine. Ville jeune, fondée en 1626. C'est une ville au présent, quasi sans traces mnésiques mais avec des artères tracées sur une terre vierge. L'absurdité se situe peut-être dans cette mémoire sans archaïsmes, dans son palimpseste racial.
Pour Freud, Rome dévoilait une situation propre aux mécanismes inconscients, à leurs structures: un empilement architectonique, vertical, des civilisations se succédant et construisant leurs temples et monuments sur celles qui les avaient précédées. La ville possédait potentiellement toutes ses propres époques jusqu'au moment actuel. New York refait ce profil. Mais ses strates sont d'ordre sociologique. Le brassage social est à l'horizontale ce que son architecture est à la verticale. L'édifice historique y est une bande sociale horizontale, alignant des présents continus. La stratification s'accumule dans son déroulement incessant comme si le temps ne se répétait déjà plus, une répétition qui contient et déroule d'avance son propre avenir.
Dans les gravures de Jacques Muller, il y a cette tentative de nous faire percevoir ce temps intensif où l'actuel est déjà virtuel, où le direct se confond avec le différé. Il nous présente une "photo" gigantesque, incernable comme photo mais acceptant le mouvement. [R. Godinho]
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« Circulez, circulez, y a rien à voir ». Y a rien à voir, telle est la ville, telle est la vie, telle la solitude de l’homme. Tel est le travail du peintre. Le regard du mateur est sans mémoire, englouti dans ce qu’il voit auquel il ne comprend rien.
Muller est un peintre à l’affût. A l’affût de l’âme de l’homme - de l’anima, de ce qui l’anime - qui n’a d’autre matière que celle du corps. C’est dans cette position d’être à l’affût qu’il est peintre. Quand il descend dans la rue, il traque. Mais les images qu’il capte et glisse sur ses carnets, il les ramènera chez lui où, au creux du doute de l’atelier, il en fera des peintures. Trouvera à écrire l’impossible mémoire dans la mémoire de la toile.
Aussi la rue se fait-elle pour lui festin douloureux qu’il croque hâtivement, fiévreusement, calmement, car on ne saurait saisir le mouvement de l’homme que dans la hâte la plus lente, la plus silencieuse, la plus retenue, conscient que l’on est de la perte qui s’opère dans ce moment de captation et de l’hommage qu’il y a lieu de lui rendre. Puisque c’est cette perte même qui au mieux rend, rend compte, de la vie de l’homme. [V. Muller]
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